Quand vous passez la porte d'un barber shop aujourd'hui, vous venez pour un dégradé net ou une barbe bien taillée. Il y a quelques siècles, vous seriez peut-être venu pour une rage de dents ou une saignée. L'histoire du barbier est celle d'un métier à la croisée du soin, de l'hygiène et du style, et elle explique encore certains détails que l'on voit dans les salons du monde entier.
Dans l'Antiquité, déjà un lieu de rencontre
Les rasoirs en bronze ou en cuivre de l'Égypte ancienne montrent que le soin du poil est une préoccupation très ancienne. À Rome, selon Pline l'Ancien, les premiers barbiers seraient arrivés de Sicile vers 300 avant J.-C. Le tonsor tient boutique, la tonstrina, où l'on vient se faire raser mais aussi échanger les nouvelles du quartier. Le salon comme lieu de discussion ne date donc pas d'hier.
Le Moyen Âge : rasoir dans une main, lancette dans l'autre
Au Moyen Âge, les médecins sont des savants qui diagnostiquent mais touchent peu au corps des patients. Les gestes pratiques reviennent à ceux qui savent manier une lame : les barbiers. Ils rasent et coupent les cheveux, mais pratiquent aussi les saignées, soignent les plaies, posent des ventouses et arrachent les dents. On les appelle les barbiers-chirurgiens.
En France, ils côtoient les chirurgiens « de robe longue », plus instruits et mieux considérés, avec qui les rivalités sont fréquentes. Certains barbiers-chirurgiens se font pourtant un nom : Ambroise Paré, considéré comme l'un des pères de la chirurgie moderne, a commencé comme apprenti barbier avant de devenir chirurgien de plusieurs rois de France au XVIe siècle.
Pourquoi l'enseigne du barbier est rouge et blanche
Le cylindre à rayures en spirale qui tourne devant certains salons est l'héritage direct de cette époque. L'explication la plus répandue : le rouge évoque le sang des saignées, le blanc les bandages. Le poteau lui-même rappellerait le bâton que le patient serrait dans sa main pour faire gonfler ses veines, et les linges ensanglantés que l'on mettait à sécher en les enroulant autour.
Le bleu, souvent ajouté, est plus récent. Aux États-Unis, on y voit généralement un clin d'œil au drapeau national ; d'autres l'associent au sang veineux. Quoi qu'il en soit, l'enseigne est devenue le symbole universel du barbier, bien après que les saignées ont disparu des salons.
Au sommet de certaines enseignes anciennes, une boule ou un bassin en métal représentait le récipient où l'on recueillait le sang, ou celui où l'on gardait les sangsues. Un détail que l'on retrouve encore sur certains modèles décoratifs.
La séparation : chacun son métier
Au fil des siècles, la chirurgie devient une discipline savante, enseignée et réglementée. En France, une déclaration royale de 1743 sépare définitivement les chirurgiens des barbiers. Les premiers deviennent des médecins à part entière, les seconds se consacrent au rasage, à la coiffure et, mode de l'époque oblige, aux perruques : on parle alors de barbiers-perruquiers. En Angleterre, la corporation commune des barbiers et des chirurgiens se scinde à peu près au même moment, en 1745.
Le XXe siècle : le déclin
Au début du XXe siècle, l'arrivée du rasoir de sûreté à lame jetable change tout : les hommes peuvent désormais se raser seuls, chez eux, sans risque. Le rasage quotidien chez le barbier devient un luxe, puis une rareté. Petit à petit, beaucoup de barbiers ferment ou se fondent dans les salons de coiffure mixtes, et le métier semble promis à disparaître.
Le grand retour des barber shops
Puis, à partir des années 2010, tout repart. Le retour de la barbe, l'influence de la culture urbaine et américaine avec ses dégradés millimétrés, et l'envie d'un lieu pensé pour les hommes relancent complètement le métier. Les barber shops fleurissent dans toutes les villes, avec leurs codes : fauteuils en cuir, serviette chaude, rasage au coupe-chou, et cette ambiance où l'on prend le temps de discuter.
Le barbier moderne a gardé le meilleur de son héritage : la précision du geste, le soin de la peau (le rasage traditionnel suit toujours les mêmes étapes, comme on l'explique dans notre article sur le feu du rasoir et les poils incarnés), et ce rôle de lieu de rencontre qui existait déjà dans la Rome antique. Les saignées en moins, heureusement.